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mardi 24 mai 2022

5 juillet

Sans un bruit, Daphné entrouvre le lourd rideau de velours rouge qui sépare le salon de la boutique. Petite et menue, elle semble avoir six ans plutôt que dix et ses sages anglaises donnent d’elle une image d’ange quand elle est plus souvent petit démon. Vive et gaie, elle crie, court, saute et gigote tant que son ombre n’a pas le temps de suivre. Le seul moment où sa mère la voit calme et tranquille, c’est le 5 juillet, quand elle s’assoit sur le tabouret du studio de son père, comme si elle prenait la pause pour la photo. Là, soudain, elle s’immobilise, lève son petit nez et, dans le plus grand silence, observe ce qui l’entoure. Et cela chaque année, depuis qu’elle est toute petite. Il n’y a rien de bien extraordinaire pourtant, dans la boutique du photographe… Souvent, sa mère, son père, ses amies lui demandent :

« Mais que regardes-tu quand tu es assise sur ce tabouret ?

— Les lucioles…

— Mais quelles lucioles, Daphné ?

— Mais celles de Nicéphore Niepce ! Si vous faisiez comme moi, vous les verriez ! »

Mais personne, jamais, ne faisait comme elle. Et de fait, personne, jamais, ne les voyait danser, ces petites boules de lumière multicolores qui chaque année, le 5 juillet, créent une danse pour le premier qui a réussi à les apprivoiser !

1833: décès de Nicéphore Niepce, physicien

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