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mercredi 19 janvier 2022

3 mai

Sur son lit de mort, Christophe Colomb avoua, in extremis, les circonstances l’ayant conduit à l’île de la Jamaïque, le 3 mai 1494.

— Mon père, ne me jugez pas trop durement pour ce que je vais vous révéler.

— Confessez-vous, mon fils. Dieu seul en sera témoin par mon intermédiaire.
Colomb soupira, s’étrangla et toussa à s’en fendre l’âme avant de reprendre, d’une voix éraillée.

— Je n’avais pas prévu de faire escale sur cette île. Les indigènes y étaient hostiles. Pourtant, un évènement m’a fait changer d’avis au dernier moment. C’est un homme qui en fut cause en surgissant dans ma cabine.

— Auriez-vous commis le péché de la chair avec…, commença le prêtre avec un léger mouvement de recul.

— C’était un être immatériel, un fantôme. Il était métis de peau, ses cheveux torsadés et ses vêtements bariolés, de couleur vive. Il m’apparut enveloppé dans un épais nuage d’une fumée blanche et âcre. En le respirant, je fus pris d’un irrépressible fou rire. J’ignore de quoi il s’agissait. Je sais seulement que je me sentais bien, en paix. Et je me souviens des mots prononcés par l’esprit.

— Quels furent-ils ? s’enquit le prêtre, intrigué malgré lui.

— « Si tu vas pas à la Jamaïque, la Jamaïque, elle viendra à toi. Elle t’attend, il faut apprendre à la connaître. Sinon, je pourrai pas aider les blacks à découvrir la voie du Jah Rastafari. Fais-le et tu connaîtras le repos de ton âme. Sois reggae, man. »
Colomb s’interrompit, puis il demanda :

— Ais-je eu raison d’obéir, mon père ?

— Dieu seul le sait, mon fils. Peut-être un peu de bien découlera-t-il de votre geste ?

Le prêtre se tut : Colomb était mort. Il lui referma les paupières en soupirant. Les voies du ciel, décidément, étaient impénétrables…

3 mai 1494, découverte de la Jamaïque

*
La cérémonie s’était pourtant déroulée dans les règles de l’art, jusque-là.
Patrick avait tracé le pentagramme à l’aide du sang d’un coq dans la force de l’âge. Puis, les entrailles de l’animal avaient été réduites en cendre dans un récipient d’airain en guise d’offrande. Des bougies rouges et blanches, consacrées à l’issue d’une messe noire quelques semaines auparavant, avaient été disposées aux extrémités de la figure ésotérique en forme d’étoile dessinée au sol. Elles brûlaient avec avidité, sans fondre, dévorant l’oxygène de la pièce pour y puiser l’énergie nécessaire au sortilège de réjuvénation.
Pour finir, Patrick avait déposé Ayleen au centre de la scène, bras en croix, lèvres et paupières closes. Il l’avait longtemps couvé du regard avant de prononcer les paroles rituelles.

Oui, en vérité, tout s’était parfaitement passé, jusqu’à ce qu’une fenêtre de la cave où se trouvait Patrick s’ouvre brusquement. L’une des bougies était alors tombée sur le côté, avant de rouler au sol et de rompre le cercle. Aussitôt, l’énergie mystique qui commençait à insuffler une nouvelle vie dans le corps d’Ayleen s’était évaporée puis s’était élevée vers le ciel, provoquant une soudaine chute de la température et de la pression atmosphérique.

Le lendemain, par un dévastateur effet boule de neige, plus de soixante tornades allaient s’abattre sur l’Oklahoma et le Kansas.

Quelques jours plus tard, Patrick et Ayleen Dills (jeune femme morte deux semaines auparavant, mais enlevée de la morgue d’Amber le 2 mai) seraient retrouvés, écrasés sous les décombres de leur maison.

3 mai 1999 – Tornade de l’Oklahoma

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