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dimanche 15 décembre 2019

7 août

En 1974, j’ai été appelé pour interpeller un homme sur le toit du World Trade Center. On parlait d’un suicidaire à la radio. J’ai demandé vers quelle tour je devais me diriger, la réponse amusée a fusé : « les deux ». J’ai choisi la première. Tout en haut, un homme dansait sur un fil tendu entre les tours. C’était extraordinaire, presque émouvant. Il m’a nargué, faisant mine de se rendre puis s’éloignant à nouveau au milieu du fil. J’ai dû le menacer d’envoyer un hélicoptère pour qu’enfin il obtempère.
En 2001, je patrouillais à Manhattan lors des attentats. Quand le premier avion s’est abattu, j’ai vite compris que les personnes situées aux étages supérieurs seraient piégées, condamnées. Et j’ai eu l’image de ce fil qui aurait pu sauver quelques âmes. Encore eût-il fallu qu’elles soient funambules. Encore eût-il fallu qu’un deuxième avion ne percute pas l’autre tour. Encore eût-il fallu que ce monde soit poétique.

7 août 1974 : pendant 45 minutes, Philippe Petit effectue sans aucune autorisation huit allers-retours entre les tours du World Trade Center sur un fil de plus de 60 mètres de long à 417 mètres de hauteur. « Une traversée sur un fil est une métaphore de la vie : il y a un début, une fin, une progression, et si l’on fait un pas à côté, on meurt. Le funambule relie les choses vouées à être éloignées, c’est sa dimension mystique »

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