Une micro nouvelle par jour pendant un an.

mardi 23 avril 2019

8 août – journée du chocolat

La première panne sérieuse du réseau central des régulations temporelles intervint, ou interviendra, ou est intervenue, ou sera à intervenir un 8 août, d’une année par définition indéterminée. Quelle journée que ce 8 août ! Le stagiaire qu’on avait laissé aux commandes le temps que les contrôleurs titulaires prennent leur pause pipi mélangea tout. Ce jour-là, donc, l’empereur Hadrien partit pour Sainte-Hélène, Tycho Brahe subit une transplantation cardiaque, Napoléon, à la tête de l’armée d’Egypte et avec Saddam Hussein à la tête de sa cavalerie, envahit le Koweït, Emiliano Zapata remporte six médailles d’or aux Jeux olympiques de Pékin, et les Chinois inventent le chocolat. C’est d’ailleurs, bien heureusement, ce dernier fait qui permit de remettre les choses en ordre. Désormais, ce n’est plus qu’un mauvais souvenir, et, comme il se doit, c’est bien Zapata qui est parti à Sainte Hélène, Napoléon qui est devenu empereur des Romains, la Chine qui a construit un observatoire astronomique au Danemark pendant que Tycho Brahe réalisait au Koweït la première transplantation cardiaque. Ouf ! Tout est rentré dans l’ordre… On peut enfin savourer son cacao tranquillement !

Pierre Gévart


C’était un vieillard tordu par la maladie, rabougri et tremblant qui se tenait devant les éminences rouges du Sénat vénitien.
« Une lunette permettant d’observer les étoiles ? commenta le Doge en manipulant l’instrument conique que leur avait apporté l’ancien. Un jeu certes amusant.
— Pour moi, il s’agit d’un travail d’importance capitale, non d’un jeu, Monseigneur, se défendit le vieux savant d’une voix aussi ferme que son corps était débile.
— C’est ce que nous allons voir, trancha le Doge. Signor Estrelli, veuillez observer le ciel avec ce jouet. La nuit est noire, le ciel dégagé, ce sera parfait. »
Le jeune sénateur ainsi interpellé dirigea le verre concave de la lunette vers l’infini scintillant. Il resta plongé dans une observation immobile durant un moment si long, si long, que le Doge finit par toussoter, impatienté. Le jeune homme se tourna vers la noble assemblée. L’œil qui s’était fixé sur la lunette n’était plus qu’un rubis sanglant et il balbutiait « quelle splendeur, quelle splendeur, » et on ne put en tirer rien de plus.
« Je crains fort que ma lunette soit trop performante, » s’excusa Galilée.

1609, le Sénat de Venise découvre et examine le télescope perfectionné par Galilée.

Nelly Chadour


« On ne peut pas lui révéler la recette de la boisson des dieux ! Ce Cortez est un fou !
— Mais si, on peut. Ces envahisseurs blancs sont sans retenue, vois ce qu’ils font de nos femmes et de notre terre ! On va leur faire goûter le cacao, ils vont s’en gaver… et quand ils découvriront les propriétés addictives et aphrodisiaques du cacao, ce sera trop tard, ils ne pourront plus s’en passer et les fondements de leur société puritaine seront sapés. Ils ont l’alcool, nous avons le chocolat : à chacun son arme biologique. »
8 août 1550 (peut-être) : arrivée du cacao en Europe

Sandrine Scardigli


Région parisienne, à la Malmaison
Le petit Nap’ se sentait terriblement seul. Plus rien n’allait dans sa vie. Il avait perdu une bataille tactiquement gagnée, sa femme l’avait quitté pour retourner dans le manteau impérial de son père, son rejeton avait suivi sa môman. Et pour couronner le tout, alors que lui venait de perdre sa couronne, on l’envoyait sur une île paumée, histoire d’être sûr qu’il ne remettrait plus les pieds en France.
S’appuyant sur le marchepied, il s’assit sur le lit. Regardez ce grand homme, dont les pieds ne touchaient même pas le sol, le regard dans le vague, la main sur son impériale bidoche, et seul comme un…
« Grrrrr grrr gloups golo golo grrrrrrrrr »
Son impériale bidoche destituée émit un gargouillis.
Plongeant la main dans sa poche, il en sortit une barre chocolatée. Il en retira l’emballage et en croqua un morceau.
Que c’était bon ! À cet instant précis, il bénit les Espagnols, ces traîtres qui avaient viré son frère du trône, d’avoir ramené le chocolat en Europe.
Revigoré par ce petit encas, il se leva. Enfin, il sauta du lit et déclara haut et fort :
« Allez, un Mars et ça repart… en exil. »

8 août : fête du chocolat, au Chili
8 août 1815 : Napoléon part en exil sur l’île de Sainte-Hélène

Gédéon


8 août 1570 : les chocolats de la paix
Le professeur Charles Cacao, historien émérite et maintes fois décoré de l’insigne supérieur des maîtres tourneurs-chocolatiers (une branche peu connue et parallèle à celle des tourneurs-fraiseurs qui, eux, se sont spécialisés dans la confection de desserts à base de fraises, comme chacun sait), se tourna vers sa classe. Les jeunes gens buvaient ses paroles dès qu’il parlait chocolat, et le cours de ce jour ne dérogea pas à la règle :
« Le 8 août 1570, commença maître Cacao, le roi Charles IX signe, en présence de ses conseillers, l’édit de Saint-Germain. Il octroie quelques libertés de culte aux protestants.
Ce qui a longtemps été caché aux Français, concernant le traité de Saint-Germain, c’est la « clause orale » qui en accompagnera la signature et qui entraînera le fameux massacre de la Saint-Barthélémy, deux ans plus tard.
Je suis tombé, le mois dernier, sur un document tiré d’une collection privée et attestant de l’existence de ladite « clause orale ». Je me permets aujourd’hui de vous la retranscrire (en français courant, cela va de soi) :
 » En contrepartie de ce que j’octroie ainsi droit de culte à cette partie de mes loyaux sujets protestants, il leur sera demandé de nous livrer, chaque mois, trois kilogrammes de chocolat fin tirés de leurs réserves personnelles. »
Les conséquences d’un manquement à cette « clause orale » n’étaient pas explicites. Mais lorsque les livraisons s’interrompirent, en août 1572, la réaction de Charles IX fut sans pitié. »

–o0o–

8 août 1588 : les chocolats de la marine
Charles Cacao se redressa. La leçon du jour méritait un minimum de prestance. C’est donc à l’image d’un acteur de théâtre qu’il déclama son cours :
« Alonso Pérez de Guzmán, duc de Médina Sidonia, observait avec appréhension l’approche de huit navires anglais.
En toute logique, il n’aurait pas dû s’inquiéter. Sa flotte – l’Invincible Armada, forte de cent trente navires – inspirait une crainte certaine aux marins anglais.
Depuis la veille, les Espagnols mouillaient au port de Calais, ville ne disposant pas de défense côtière. Les navires de l’armada se virent donc contraints de s’attacher les uns aux autres pour ne pas se voir dispersés par les courants.
C’était la nuit du 7 au 8 août et une chaude lumière illuminait la rade : les navires anglais se jetant sur les Espagnols étaient en flammes, la débandade promettait d’être totale.
Alonso Pérez opta, cette nuit-là, pour une stratégie à la hauteur de son désespoir : il fit déverser par quelques navires rapides des centaines d’hectolitres de chocolat liquide sur le chemin des boute-flammes anglais. Pris dans une mer soudain onctueuse, ces derniers furent suffisamment ralentis pour permettre à la flotte espagnole de ne pas subir la moindre perte.
L’honneur était sauf, mais le palais des marins cria longtemps vengeance face à un tel gâchis… De là à dire que cette décision – à la fois tragique et salvatrice – inspira la fameuse « légende noire » espagnole, il y a un pas que je me garderai bien de franchir. »

–o0o–

8 août 1756 : les chocolats montagnards
« Le secret de notre succès ? La raison qui nous a permis de réaliser notre exploit ? C’est très simple, en fait : nous portions tous deux plusieurs thermos de chocolat chaud sur le dos. Un tuyau en sortait et nous conservions l’autre extrémité dans la bouche, par tous les temps. À chaque étape, nous nous réapprovisionnions en ce savoureux breuvage qui a eu l’insigne mérite de maintenir notre température corporelle à un niveau plus que satisfaisant tout au long de notre terrible première ascension du Mont-Blanc ».
Propos de Jacques Balmat, confirmés par la suite par Michel Paccard et recueillis par Maximilien Cacao, le 12 août 1756, au pied du mont Blanc.
« Vous voyez bien que l’histoire du monde, encore une fois, ne peut raisonnablement être dissociée de l’histoire du chocolat ! », conclut le professeur Charles Cacao devant un auditoire bouche bée face à une telle érudition.

–o0o–

8 août 1935 : les chocolats du ciel
« Ce qui me désole le plus, concernant le premier vol de l’avion français, le Moran-Saulnier MS 405, ce 8 août 1935, c’est qu’un exploit historique fut accompli ce jour-là. Or, non seulement nul ne s’en fit l’écho dans la presse spécialisée ou grand public, mais encore cet exploit fut-il réduit au silence par les industriels de l’époque. »
Le professeur Charles Cacao s’interrompit un bref instant et on entendit une mouche voler. Toute la classe était suspendue aux lèvres de l’orateur qui, satisfait, poursuivit :
« Tenez-vous bien : le moteur du MS 405 ne tourna pas seulement à l’essence ce jour-là. En effet, il s’avéra après coup qu’un mécano particulièrement inattentif s’était trompé, peu avant le décollage : sur les quelques barils goulûment avalés par les réservoirs de l’appareil, la moitié d’entre eux contenait du chocolat chaud, donc liquide, destiné à être servi au cours du repas de félicitation servi aux invités à l’occasion de ce « baptême de l’air ».
Vous imaginez la surprise du pilote lorsqu’il apprit avec quoi il avait volé ! Il aurait déclaré, je cite : « Je me demandais, aussi, pourquoi ça sentait si bon dans le cockpit, pour une fois ». Hélas, les lobbies pétroliers étaient déjà puissants, alors, et ils étouffèrent bien vite dans l’œuf (de Pâques, naturellement) toutes les tentatives suivantes de renouveler l’expérience. C’est ainsi que l’histoire de la science se fait et se défait, voyez-vous ! »

Pascal Bléval


— Nom, prénom ?
— Felton, Jean
— Et vous voulez quoi ?
— Ben, je crois avoir droit à la couronne du martyr, j’ai été sacrément amoché.
— Hummm…. ça m’en a tout l’air. Et pourquoi vous a-t-on mis dans cet état ?
— J’ai fait de la pub pour l’excommunication de la reine d’Angleterre et du coup j’ai eu l’honneur d’être dépecé à vif.
— Mouais. Vous vous êtes pas trop fatigué. Mais bon, vous n’êtes plus qu’un tronc, je ne vais pas faire la fine bouche. Allez-y, passez !
— Hé ! Hé ! À moi, le Paradis.
— Une minute ! J’ai oublié de vous dire; Paradis ou pas, ici, pas de bras, pas de chocolat.

8 août – journée du Chocolat et Saint Jean Felton, martyr.

Père Désœuvré


8 août 2000 : un malheureux attentat fait 7 morts et 93 blessés à Moscou, près de la place Pouchkine quand un psychopathe et sa femme prénommée Nathalie, désirant goûter le célèbre chocolat du café Pouchkine découvrent que l’établissement n’existait pas en 1964 mais n’a été créée qu’en 1999 et qu’ils vivaient dans le mensonge depuis aussi longtemps

Anthony Boulanger


Hier. Des fantômes, partout. Je cours le plus vite possible, mais leurs visages sans nez me poursuivent de leurs yeux aveugles. Des mains me saisissent, me font tourner et tomber. Je pleure. Le blanc haineux et leurs symboles enflammés me brûlent. Je crie, ils rient. Puis, la douleur dans ma chair d’enfant.
Des années plus tard, à la télévision. Les fantômes, encore. Les images froidement présentées sur l’écran n’ont rien perdu de leur haine. Elles me glacent, elles me brûlent. Je m’effondre, et je les entends encore rire. Je crie, encore et encore. Un cri sans haut ni bas, juste des cercles et des cercles de tristesse.

8 août 1925 : le Ku Klux Klan (du grec kuklos, cercle) tient son premier congrès national public à Washington. Il sera officiellement interdit en 1928.

Romain Jolly

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