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mardi 24 avril 2018

29 décembre

Dans l’aube naissante, le colonel du 7e de cavalerie supervise la disposition des canons Hotchkiss, pointés vers le camp où ont été parqués les Sioux. De nombreux soldats caressent inconsciemment leurs armes en discutant d’une voix basse enflammée par l’alcool et par les souvenirs. Nul n’a oublié la bataille de Little Big Horn, où les rangs du régiment ont été décimés quatorze ans auparavant.
L’ambiance est tendue.
Les Sioux sont rassemblés. Le chaman diffuse l’ordre donné par les hommes blancs : ils doivent livrer toutes leurs armes à feu. Parmi les rangs indiens, affaiblis par la famine, nul ne bronche. Les femmes enserrent les enfants dans leurs bras, accroupies. Les hommes se tiennent droits, fiers malgré l’humiliation imposée.
Les fusils sont déposés.
Des voix s’élèvent lorsque les soldats entament la fouille des tentes. Quel besoin ont-ils de briser ainsi les poteries, jeter au sol les vêtements et les effets personnels ? Des tentes s’effondrent sous l’affront et la violence des perquisitions.
Black Coyote, fier chasseur et père de famille, laisse éclater son indignation lorsque les effets de sa femme sont piétinés malencontreusement par un soldat. Un crachat sur le sol, une insulte murmurée, un geste de menace : le ton monte entre l’homme blanc et l’Indien.
Soudain, un coup de feu.
Qui a tiré ? Nul ne le sait. Nul ne s’en préoccupe. La peur et la haine couvrent aussitôt le camp d’un tonnerre de feu mortel qui abreuve la terre.

29 décembre 1890 : massacre de Wounded Knee (Dakota du Sud, États-Unis).

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