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mardi 23 juillet 2019

20 mai

Le 20 mai 1927, Charles Lindbergh flatte les flancs écailleux de sa wyverne. Saint-Louis est une créature magnifique, fruit de la sélection draconienne de centaines de générations de membres de son espèce, sous l’œil froid et clinique des eugénistes américains. Le reptile n’a plus grand chose à voir avec les lourds dragons primitifs qui hantaient la Louisiane et qui ne décollaient qu’en se laissant tomber de falaises depuis longtemps disparues de la région. Il est fin et léger, profilé, a perdu ses deux membres antérieurs, et les muscles de ses ailes sont surdéveloppés. Ses dents ne pourraient plus fendre la carcasse d’un crocodile, mais peu importe, puisqu’il est nourri de viande prémâchée. Ses pattes arrières sont puissantes, sa queue longue et fine pour limiter les turbulences.
Lindbergh s’installe, prend sa respiration, et sans plus de cérémonie, talonne sa monture. Le couple s’élance, sans ravitaillement d’aucune sorte, pour un vol sans escale au-dessus de l’Atlantique, le premier de son genre, qui ne s’arrêtera que le lendemain à Paris. Là-bas, s’écrasera un cadavre de wyverne qui aura consumé jusqu’à ses derniers muscles, jusqu’à son cœur pour porter son humain jusqu’au parvis de Notre-Dame. C’est un ange aux ailes en lambeaux qui s’affale. Lindbergh a réussi son exploit, mais, à genoux et en larmes devant son compagnon, l’homme comprend trop tard que le prix qu’il a payé ne valait pas la gloire qu’il reçoit.
20 mai 1927 : Charles Lindbergh décolle de New York pour relier Paris, au cours du premier vol transatlantique sans escale et en solitaire

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