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jeudi 23 novembre 2017

27 octobre

Certains petits faits extraordinaires resteraient inaperçus du commun des mortels, si des scientifiques dévoués du Collège futile, tels que Vincent Corlaix ou Olivier Gechter, ne se penchaient sur eux et ne les éclairaient pas avec la puissante lampe torche de la vérité pour la plus grande joie de tous.
Pour votre édification, j’ouvre un dossier couvrant plusieurs siècles d’observation de nos prédécesseurs au Collège.
Chaque année, la douane volante et Bison futé constatent le 27 octobre une déferlante de touristes français vers la Sarre. Ils se rendent, comme un seul homme, à Sarrelouis. Pris isolément, interrogés selon la méthode allemande qui a fait ses preuves, et plutôt deux fois qu’une, les péquenots en goguette sont bien en peine de dire pourquoi ils vont à Sarrelouis. Visiter une grand-tante, s’extasier sur l’église Saint-Louis, faire le tour des centrales de charbon de la région… Les raisons évoquées ne semblent pas les convaincre eux-mêmes.
En épluchant les pièces versées à ce dossier du Collège Futile, on trouve toutefois un début d’explication. Ne reste qu’à tirer les conclusions, irréfutables, qui s’imposent.
Les dictons populaires, comme leur nom l’indique, marquent durablement les esprits du peuple. Or, il est dit : « À Saint-Évariste, jour de pluie, jour triste. » On suppose donc que les Français redoutent ce jour-là un temps pourri, où le soleil joue à cache-cache. Pour supprimer le caractère religieux de ce dicton, les révolutionnaires ont cru malin d’appeler le 27 octobre (le 6 brumaire, pour eux) le jour de l’héliotrope. Vous savez, ces fleurs qui se tournent en direction du soleil. Las ! C’est bien connu, les dictons perdurent et l’appellation n’a fait que s’ajouter à ce qui se disait déjà de cette date, augmentant la confusion dans l’esprit des Français.
En réalité, ce sont ces réformateurs de calendriers furieusement anticléricaux et antiroyalistes qui, les premiers, bien involontairement, ont jeté le peuple de France sur les routes et dans les bras de Louis XIV, ou plutôt de sa cité.
Car vantard comme pas deux, le roi Soleil avait cru bon de donner comme devise à Sarrelouis, construite à partir de 1680 :
« Le soleil dissipe (les nuages dessinés sur le blason) et il réchauffe. »
Encore une formule destinée à marquer les esprits, comme les dictons, comme les appellations officielles… Fuyant la pluie promise à la Saint-Évariste, les Français-héliotropes du 27 octobre se tournaient (sur)naturellement vers cette ville.
Conscients de cet état de choses, les Illuminés de la Bavière manœuvrèrent pour faire tomber un 27 octobre la signature du traité entraînant la restitution de la Sarre à l’Allemagne. Ils espéraient ainsi inverser le processus et maintenir de l’autre côté de la frontière ces hordes d’horripilants Frantsouzes, mais ne parvinrent pas à peser face au poids de cette inconsciente tradition.

27 octobre : Jour de l’héliotrope

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