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jeudi 12 décembre 2019

14 novembre

« J’arrive de chez un éditeur, un certain Grasset. Un veilleur qui m’a appelé. On a un problème ! »
Zdug lorgne l’épaisse liasse que brandit Klom.
« Un problème ? Ce truc ? »
L’uchroflic feuillette le manuscrit, écrase un doigt tremblant sur le papier :
« Tiens, là. “Balbec” !
— Baalbek ? La ville du Levant ?
— Si seulement. Regarde l’orthographe… et l’emplacement. Balbec, en Normandie.
— Impossible. Elle n’existe pas dans cette réalité. Je le sais, j’y suis allé. C’est dans le flux Bo-Do-883. Europe conquise en 1378 par l’Empire ottoman.
— J’y suis allé aussi. N’empêche, ce… Proust, il décrit la ville en long et en large. C’est bien la Balbec que toi et moi connaissons.
— Un court-jus ?
— Et quoi d’autre ? Alors ? On détruit le manuscrit ? En même temps, ça me plaît pas, va savoir les répercussions si…
— Attends. »
Zdug se penche, allume l’anticipateur.
« Le titre ?
À la recherche du temps perdu.
— Je vais jusqu’où ? Cinquante ans ?
— Cent. Ce sera plus net.
— 2013, donc. »
Zdug pianote, compare des courbes, des histogrammes, affiche des rapports d’uchroflics en poste un siècle plus tard. Et se détend.
« Finalement, ça va. Dans cent ans, tout le monde parlera de ce Proust… mais seulement 0,000012 % de la population l’aura lu. Aucun risque d’uchro-accroc. »

14 novembre 1913 : Marcel Proust publie chez l’éditeur Bernard Grasset Du côté de chez Swann, le premier volume d’À la recherche du temps perdu, roman dans lequel des villes imaginaires, Combray, Méséglise ou Balbec, tiennent une place importante.

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