Une micro nouvelle par jour pendant un an.

jeudi 23 novembre 2017

25 décembre

Le jour ne s’était pas encore levé lorsque la petite fille se hissa hors de son lit, excitée à l’idée des festivités de la journée. Courant dans les couloirs froids et déserts, elle se rendit compte que même les domestiques ne s’étaient pas encore levés.
Curieuse, elle s’avança prudemment dans la cuisine, attirée par la délicieuse odeur des gâteaux préparés la veille. Elle saisit une orange et s’éloigna en courant. Ivre de liberté, la petite fille s’aventura dans le jardin et ramassa d’inestimables trésors : des feuilles mortes, une branche de houx, une pomme de pin…
Les rayons du soleil illuminaient la pointe des sapins lorsqu’elle s’installa au pied de l’un d’entre eux pour éplucher son orange.
Soudain, elle entendit un bruit derrière elle et se releva en hâte.
— Mademoiselle ! Mais que faites-vous dehors dans vos vêtements de nuit !
Tous ses trésors s’étaient éparpillés dans le sapin, le houx et l’orange, les feuilles mortes et la pomme de pain. La domestique s’approcha de la demoiselle apeurée d’un large sourire.
— Vous avez décoré le sapin. Quelle idée lumineuse ! Et si on demandait à votre père de le découper pour l’installer à l’intérieur. On pourrait terminer votre ouvrage ensemble.
Rassurée, la petite fille hocha la tête et suivit la vieille dame jusqu’à la maison où le reste de la famille s’éveillait enfin. Une heure plus tard, le sapin fut apporté dans le grand salon et tous décorèrent l’arbre des plus beaux trésors de la saison…

La mention la plus ancienne d’une tradition d’arbre de Noël décoré date de 1521, dans la ville de Sélestat, en Alsace.

Florie Vignon


Au petit matin, dans les maisons du monde, les pleurs résonnent. Les enfants, déçus, n’ont rien trouvé sous le sapin. Les parents ne comprennent pas pourquoi le Père Noel les a laissés tomber.
Jusqu’à explorer leurs propres chaussures. Un petit tract, couvert d’une écriture cursive fatiguée, revendique :
« Père Noel en grève !
D’année en année, la charge de travail ne cesse d’augmenter pour cet homme qui a tout sacrifié.
Le vase a débordé.
Le Père Noel ne livrera plus le moindre cadeau tant qu’on ne lui enverra pas trois associés, à minima, pour le soulager dans sa tache.
Et Joyeux Noel à tous. »
Si même les personnages fictifs se mettent à réclamer des conditions de travail décentes…

Elodie Serrano


25 décembre : suite de la compétition annuelle entre le Père et Saint-Nicolas. Noël révèle au dernier moment ses lutins et rennes génétiquement modifiés. A la technologie électronique, il oppose la biotech pour sa distribution optimisée de cadeaux.

Anthony Boulanger


—Clovis, roi des Francs, tu te présentes aujourd’hui à Dieu…
— Dites, heu… je suis vraiment obligé de rentrer à poil dans cette baignoire ? C’est qu’il fait pas chaud et que moi dans l’eau froide…
— Souvenez-vous que Saint-Jean Baptiste plongea le Christ dans le Jourdan, mais la Velsle est gelée, alors il nous reste la baignoire.
— Bon, bon, mais je vous préviens, moi l’eau froide…
— Allons, Sire. Hâtez-vous. La foule s’impatiente. Allez-y Monseigneur.
— Clovis, Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je te baptise…
— Hé! Vous allez faire quoi là. Vous n’allez pas me verser la flotte du bain sur la tête. Je vous air déjà dit que moi dans l’eau froide…
— Sire, il le faut pourtant, c’est votre baptême. Tout le peuple vous regarde, par ce baptême votre règne deviendra votre mission divine.
—Soit. Il aura été écrit qu’elle aura été rendue possible par une miction divine.

 

Père Désoeuvré

 


— Ces humains, franchement, je vous jure… Imaginer que je passe par la cheminée, c’est d’un ridicule…
Le gros homme aux habits rouges sauta de son traineau et se réceptionna avec la légèreté d’une ballerine sur le trottoir enneigé. Il flatta ses reines, leur donna une petite friandise puis claqua des doigts. Aussitôt, les reines et le traineau auxquels ils étaient harnachés se réduisirent à la taille d’un jouet, que le gaillard fourra dans l’une des poches de son manteau.
Il regarda autour de lui, pour vérifier que personne ne l’avait vu atterrir, mais le quartier – une cité pavillonnaire perdue en pleine province — était désert. Il faisait nuit noire et le fond de l’air était particulièrement glacial : des cristaux de gel se formaient dans la brume, à chacune des expirations du bonhomme. Son nez avait coulé, aussi, et des stalactites blanches s’enroulaient autour des poils de sa barbe noire et drue.
— Bon, c’est pas tout ça, mais ya encore du boulot.
Il claqua à nouveau des doigts et se retrouva téléporté dans l’intérieur confortable et chaud d’une petite maison de plain-pied. Par la fenêtre, il pouvait voir les flocons de neige s’amonceler sur la pelouse d’un petit jardin encombré par divers traineaux aux contours jalonnés de leds de toutes les couleurs.
— C’est bien, ces humains continuent de me vouer un culte !
Il ne put s’empêcher de rire à cette idée. Un rire puissant et aux sonorités graves, qui faisait tressauter son corps tout entier. Un rire physique.
Il se rendit dans le salon de la maisonnée et souffla sur ses mains aux paumes ouvertes. Les papiers-cadeaux qui étaient étendus là, au sol, se gonflèrent sous l’effet de la magie tout en s’emplissant de cadeaux. Puis, il se rendit à la chambre des parents et répéta le même geste, balayant de son souffle chaud le crâne des dormeurs.
— Ainsi, ils penseront avoir acheté eux-mêmes les cadeaux. S’ils savaient que j’existe réellement, ils n’auraient plus besoin de croire en moi et là, oui, ce serait la catastrophe ! Oh oh oh ! Joyeux Noël à vous !
Sur ces mots, le bonhomme en rouge claqua encore fois des doigts, passant ainsi à la maison suivante sur sa liste…

Pascal Bléval

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