Une micro nouvelle par jour pendant un an.

mardi 21 novembre 2017

25 juillet

Quelque part au Panthéon, salle des fêtes.
— Désolé, mais je ne peux pas vous louer la salle.
— Mais j’ai déjà envoyé les invitations.
— Je veux pas le savoir ! Les soirées avec vos collègues dieux du tonnerre Thor, Zeus, Indra, Tlaloc et Cocijo dégénèrent toujours. Dès que vous avez un coup dans le nez, l’ambiance devient vite électrique et on n’arrive plus à capter Intervilles.
Père Désoeuvré


Le 25 juillet 1752, Benjamin Franklin finit de gravir les marches de la forteresse de Sacsayhuaman. Il repère aussitôt le point le plus élevé et le rejoint en une poignée de minutes pour y ficher sa lance de métal. Le timing est parfait, constate l’inventeur, tandis que de noirs nuages s’amoncellent au-dessus de la cité. Il ne faut pas longtemps avant que les gouttes de pluie, lourdes et acérées comme de la glace, s’abattent sur l’homme qui n’en a cure. Il déploie les bras de la tige, révélant les couches de matière successive : fer, cuivre, laiton, zinc et palladium. C’est ce dernier, le plus crucial, ce dernier sur lequel il a misé toute sa fortune et sa crédibilité. Si celui-ci ne remplit pas son rôle, il périra à coup sûr en ce lieu, et les Etats-Unis se souviendront de lui comme d’un charlatan.
L’orage s’intensifie et les éclairs fusent, arbres gigantesques lancés depuis les cieux pour s’écraser au sol. Le tonnerre est écrasant de puissance, effroyable, et Franklin aperçoit dans les circonvolutions des nuées, à la faveur des éclairs, celui qu’il est venu chercher. L’homme-foudre, le maître des éclairs, celui que d’autres ont appelé Zeus, Thor, Oiseau-Tonnerre, et qu’ici les Incas dénommaient Illapa. Les deux êtres se regardent. Benjamin Franklin veut lire sur les traits électriques une certaine forme de circonspection. Aucun des éclairs ne le touche, tous dévient in extremis sur la curieuse barre métallique. Illapa se courrouce et déchaîne son ire sur l’humain, narquois, en contrebas. Toujours et toujours en vain. Alors l’homme-foudre descend en personne sur le monde, évènement qu’il n’avait jamais fait depuis les Conquistadores, pour incinérer l’impudent de sa main.
Sans autre forme de procès, il se retrouve à son tour aspiré par la lance et enfermé dans le palladium. Benjamin Franklin se frotte les mains. Un dieu à disposition, voilà de quoi faire des envieux dans les cercles scientifiques. Les Etats-Unis vont disposer à son retour d’une source de puissance et d’énergie immortelle.
25 juillet 1752 : invention du paratonnerre
Anthony Boulanger


Quand le poète fatigué ouvrit les yeux, la brume l’entourait. Un doux clapotis l’informa qu’il était à proximité d’une rivière. La Tamise ? Non, il n’était pas à Londres : nulle lumière ne brillait, pas âme qui vive. Le poète avança avec prudence, fouillant des yeux le voile vaporeux qui finit par s’écarter. Il se tenait sur une rive de galets noirs et ce n’était pas une rivière mais la mer qui ondulait doucement, à perte de vue, sous un ciel qui semblait fait de cuivre et un soleil semblable à une grande larme de sang. Un bateau avança alors vers la rive, et, à la proue, une dame vêtue d’une longue robe blanche comme une plume d’albatros. Le poète considéra un moment la voilure tremblant en filandres chétives et comprit alors où il se trouvait.
— Me ramenez-vous auprès de mon père tant aimé ?
— Oui, répondit la femme en blanc, mais monte vite, Samuel, avant que ce bateau ne reparte pour te laisser au milieu des limbes. Prends ma main et ne crains rien.
— Je n’ai rien à craindre, puisque je ne suis pas le vieux marin de mon poème.
25 juillet 1834, mort du poète anglais Samuel Taylor Coleridge auteur du Dit du Vieux Marin.
Nelly Chadour


Sur les bords du Tibre, Furrina se tient seule. Les Romains l’ont délaissée, elle la reine des eaux, celle par qui ils vivent ! Sa colère enfle. La divinité décide de partir, de chevaucher l’océan au-delà duquel les peuples de ses ingrats de fervents ne sont jamais allés.
Au cours de son voyage, elle grandit, gagne en puissance et désormais ce sont les eaux des cieux qu’elle maîtrise. Les vents la portent autour du globe, jusqu’à des peuples qui lui rendront hommage pour les siècles à venir.
Le souvenir de la faible Furrina est tombé dans l’oubli, dans un empire qui mourra bientôt ; et désormais, c’est le sauvage Illapa que l’on vénère, de l’autre côté du monde, dans un empire tout neuf.
25 juillet : début des Furrinalia, fête de Furrina, déesse romaine des sources ; et fête du dieu du tonnerre Illapa, vénéré par les Incas.
Sandrine Scardigli


Depuis que Thot, divinité tutélaire des scribes, était à la retraite, son remplaçant, bien plus moderne, avait efficacement pris le relais contre l’éternel fléau de la page blanche. Pas une feuille ne restait vierge quand le dieu Toner balançait la sauce.
25 juillet : Fête du dieu HP-Illapa
Jacques Fuentealba

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