Une micro nouvelle par jour pendant un an.

jeudi 19 septembre 2019

20 mars

Leçon du jour : l’équinoxe de printemps

Alors ça, c’est le Soleil et ce petit truc, là, c’est la Terre.
La Terre tourne autour du Soleil comme ça…
Oui…
Non, c’est plutôt une ellipse… une espèce d’ovale si tu préfères… mais assez peu étiré en fait. C’est presque un cercle…
Pardon ?…
Un rond quoi…
Oui, elle tourne autour. Mais…
Eh bien, parce que le Soleil l’attire…
En fait, c’est une attraction mutuelle due aux masses de la Terre et du Sol…
Non, pas avec une balance, on a fait des calculs, en utilisant les lois de Kepler, par ex…
Allemand, mais on s’en f…
Mais les calculs sont les mêmes en allemand ! Les maths sont universelles !…
Non, à la main ! Il n’y avait pas de calculatrice, et encore moins d’ordinateur…
Internet ? Mais c’était au XVIIe siècle !!…
Mais oui il est mort !!! Mais c’est pas le problème !!! Tu fais chier à la fin !!! C’est comme ça et pis c’est tout !!! Merde !!! P’tit con !!!! FOUS LE CAMP !!!!!

Old Redbone’s Lies

Il y avait un brin d’herbe sur le rebord de la fenêtre de la chambre de Moussa. Et ce depuis le début du mois de mars. La première fois, l’adolescent avait remarqué un petit point vert sous une fine couche de neige. Puis le brin avait grandi.
Tous les matins, Moussa le mesurait et tous les soirs, il continuait à l’observer. Ce bout de végétation dans le béton du HLM était bien plus intéressant que les devoirs d’anglais et les leçons de géographie. Il l’était cependant moins que la jolie Melissa. Entre la visite (dans sa chambre !) de sa belle camarade et un bourgeon de fleur sur le rebord de la fenêtre, Moussa n’eut même pas à choisir.

Célia Deiana

Tassé au fond de son nid, l’oiseau déprime. Elle est loin, sa célébrité, ternie, sa gloire passée.
Oui, bien sûr, les anciens, parfois, reconnaissent encore son rôle prophétique. Certains continuent de guetter sa venue.
La plupart n’en ont cure.
Avec un soupir, l’oiseau jette un œil au dehors. Ses congénères chantent, le soleil réchauffe doucement les premières fleurs de l’année.
Il lui faut sortir, jouer son rôle. À quoi bon ?
Qui se soucie, à présent, des hirondelles annonciatrices du printemps ?

Élodie Serrano

— Regarde, les feuilles deviennent toutes vertes, c’est magique ! s’exclama Hélène, enthousiaste.
Marc la fixa des yeux, interdit.
— Bien sûr que ce n’est pas magique. C’est virtuel. On est en train de parler de données informatiques. Enlève tes lunettes de réalité augmentée et tu verras que l’arbre est tout aussi mort qu’hier.
— Oh toi, alors, s’exaspéra Hélène, il faut toujours que tu me casses le moral. C’est toi qui devrais un peu plus les mettre, tes lunettes…
Marc soupira. Il se détourna et jeta un bref coup d’œil alentour. Le paysage était magnifique. Les arbres resplendissaient de verdure, c’était vrai. La prairie s’étendait de tous côtés, les brins d’herbe ondulant avec un bel effet d’ensemble sous l’effet d’une douce et virtuelle brise dont Marc ne pouvait pas ressentir la fraicheur, bien sûr.
Il ôta ses lunettes virtuelles. Le parc bétonné du quartier reprit sa juste place, avec ses arbres aux branches décharnées, privées de feuilles. L’air était chaud, trop chaud pour la saison. Et demain, il ferait sans doute froid. Trop froid pour la saison.
C’est pourtant bien le printemps, songea Marc en levant les yeux vers le soleil. Alors pourquoi ? Pourquoi avons-nous laissé cette catastrophe se produire ? Pourquoi n’avons-nous pas réagi plus tôt ? Quand des explorateurs extra-terrestres passeront dans le coin, peut-être disserteront-ils sur le suicide de toute une race : celle des humains.

Pascal Bléval

20 mars 2016 : équinoxe de printemps

Facebook Auto Publish Powered By : XYZScripts.com