Une micro nouvelle par jour pendant un an.

mercredi 19 juin 2019

1er mai

Un à un, il saisissait les brins de muguets, coupait la tige en douceur et portait les fleurs en forme de cloche à ses lèvres. Il murmurait quelques mots doux puis, visiblement déçu, posait le brin dans son panier.
À la fin de la journée, il soupirait puis rentrait chez lui, non sans avoir distribué sa récolte à qui en voulait bien. Après tout, autant ne pas laisser ces jolies fleurs perdues.
Chaque année, il recommençait ce même rituel depuis le jour maudit où, adolescent naïf, il l’avait rencontrée, fée fragile et espiègle. Elle lui avait promis l’amour éternel puis avait disparu en lui murmurant ces quelques mots : « Trouve-moi ».
Alors, tous les premiers jours du mois de mai, il partait en quête de muguet, espérant trouver enfin le brin qui la lui ramènerait.
Aux passants curieux, il inventait quelque histoire sur la symbolique de ces fleurs. D’année en année, il se trouvait des gens pour attendre sa récolte. Lui revenait parfois les échos d’une pratique qui se répandait de village en village.
Quand la mort vint le cueillir, à la fin d’une vie emplie d’une quête infructueuse, il ne put s’empêcher de sourire à la tradition fleurie qu’il avait créée malgré lui.

Elodie Serrano

1045 : le pape Benoît IX est poussé à l’abdication, quand il est surpris à travailler un dimanche, et un premier mai de surcroît.

Anthony Boulanger

Soudain, elle s’arrêta, foudroyée par la luminosité fulgurante d’une idée aussi folle qu’évidente, demeurant ainsi, pensive, puis se retourna vers la longue colonne de ses consœurs qui l’observaient dans un début de panique contagieuse, ce scénario s’avérant sans précédent, ni prévu dans leur programme génétique.
« Camarades ! On nous exploite ! Nous ne récoltons pas le fruit de notre dur labeur ! Et c’est cette espèce de grosse vache qui en profite, bien au chaud, à engraisser et à pondre ses chiards, pendant que nous, on se crève le rectum ! Allons mes sœurs ! Décapitons cette sangsue esclavagiste et plantons sa tête sur un cure-dent ! Le pouvoir aux ouvrières ! C’est la luuutteuh finaaaleuh… »
La déviante fut alors noyée sous un déluge d’acide formique, dissoute, et les fourmis reprirent leur besogne.

1er mai : fête internationale des travailleurs

Old Redbone’s Lies

— Who runs the world ?
— Girls !
— Who runs the world ?
Un chaos de voix suraiguës répondit à la question de Ting Ting. La petite fille, debout sur un muret décrépi, fit tourner sa robe de coton en riant. Sa suite, composée d’une demi-douzaine d’autres gamines, l’imita. À ses côtés une radio crachotait le tube interplanétaire de Beyonce.
— Who runs the world ?
— Girls !
Ting Ting savait que cet instant de repos et de jeux ne durerait que le temps d’une soirée, que dans d’autres parts du monde, il s’étalait sur toute la journée. Et même, mais elle avait du mal à le croire, que loin de sa poussière et de ses baraquements, les petites filles ne travaillaient pas du tout.
Mais que toutes dansaient sur la même chanson.

Célia Deiana
— Maxi, faut que je te dise un truc.
— Non Dio, je ne veux pas savoir. Tu vas encore me sortir une énormité du genre, on ne travaille pas le 1er mai… Depuis 20 ans qu’on règne ensemble, je commence à te connaître.
— C’est vrai, tu me connais bien. Je voulais te dire quelque chose dans ce genre-là. Mais écoute-moi bien. JE suis l’Auguste principal et tu te plieras à MA volonté.
— Aller accouche, tu commences déjà à m’énerver…
— Nous sommes le 1er mai, et nous n’allons pas travailler…
— Et voilà…
—…. Nous ne travaillerons plus ! C’est fini. Nous abdiquons TOUS LES 2 et laissons l’Empire à nos Césars.
— C’est une blague ?
— Non, sinon on les aurait appelés des Sheba.
— Hein ? Pourquoi ?
— Pour dire je t’aime…
— OK ! T’as gagné, on abdique, je ne peux plus supporter ton humour à 2 balles…

1er mai 305 : abdication de Dicolétien et Maximien

Gédéon

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