Une micro nouvelle par jour pendant un an.

dimanche 23 septembre 2018

25 décembre

Alors qu’il attend avec impatience les vœux de ses collègues divins pour son anniversaire, Mithra découvre un petit jeune à barbe être salué à sa place.
— Excuse-moi, mon gars. Jésus, c’est ça ? C’est pas ton anniversaire aujourd’hui, alors fais-moi de la place et arrête de me piquer mes cadeaux. T’as déjà mis la main sur tous les symboles des anciennes religions, tu peux au moins me laisser mon jour de naissance ?
— J’aurais vraiment aimé, lui fut-il répondu, mais cela ne dépend pas de moi pour cette fois, c’est mon représentant Libère qui a déclaré que j’étais né un 25 décembre. Te fais pas de bile, trouve-toi un prêtre sympa pour changer la tienne. Oh, j’oubliais, plus personne ne croit en toi !

Anthony Boulanger


Au Panthéon, salle des fêtes :
— (chantant) Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Mithra, Joyeux anniversaire.
— Merci les gars. C’est sympa de voir que vous vous en souvenez.
— Allez ! Ouvre ton cadeau.
— Une clef ? Quoi ? Vous m’offrez une voiture. C’est trop, les gars. Fallait pas.
— Mais non tu le mérites. En plus, c’est une italienne comme tu les aimes et le modèle est tout indiqué : une Fiat Lux.

Père désoeuvré


Un voyant lumineux rouge clignota sous les yeux de Mithra Saladar, tirant de son hébétude l’unique survivant de l’escouade d’invasion vénusienne. Il fixa la lumière quelques instants avant de s’extirper de la carcasse de son vaisseau.
Celui-ci s’était crashé sur Terre peu avant, traçant dans le ciel une gerbe de feu qui avait ébloui les habitants de la région. S’enfonçant dans un petit monticule de terre et de roche, la navette y avait creusé une grotte profonde.
Non loin paissaient plusieurs troupeaux. Les bergers, alertés par le vacarme, accoururent en grand nombre. Ils arrivèrent à point nommé pour voir Mithra Saladar s’extirper de la caverne.
Ils en conclurent aussitôt que le Vénusien, qui leur était apparu revêtu de son scaphandre, était un dieu qui venait d’être enfanté par la roche. Ils se prosternèrent devant lui et le vénérèrent.
Mithra, en état de choc, ôta à demi son casque, qui évoqua aux yeux des humains présents un bonnet phrygien. Puis il se rendit à la source la plus proche et s’y abreuva. C’est alors qu’un taureau, agacé par les néons rougeâtres du scaphandre de Mithra, se précipita sur lui. Le Vénusien se retourna d’un bond, pointa ce qui ressemblait à un simple anneau dans la direction de l’animal. Fauché par une lumière pulsante, le taureau s’abattit lourdement au sol, coupé en deux sur toute sa longueur.
Fous de terreur, les bergers s’enfuirent lorsque le Vénusien se tourna dans leur direction.
Telle une traînée de poudre, le mythe de la naissance de Mithra, le Dieu Soleil, ne tarderait pas à se répandre…
25 décembre, deux siècles av. J.-C. : naissance du dieu solaire Mithra

Pascal Bléval


Tous les auspices concordaient, le divin enfant venait de voir le jour dans cette étable modeste. Avançant cahin-caha sous les joyeux rayons d’un soleil étincelant, les trois mages gagnèrent la cahute. On entendait déjà le braiment perplexe de l’âne et les meuglements terrifiés du bœuf.
— Il gueule sacrément, le bovin, vous ne trouvez pas ? dit Melchior.
Quand ils passèrent la tête par l’entrebâillement de la porte branlante, une surprise de taille leur fit presque lâcher les présents : le divin enfant coiffé d’un bonnet phrygien achevait d’égorger le bœuf dont le sang arrosait la paille et les murs. La mère, épanouie et sereine, tourna son visage lunaire vers les visiteurs :
— C’est pour nous, les p’tits cadeaux ? Oh, fallait pas !
— Buvez, dit alors le bébé en tendant ses petites menottes jointes débordantes du sang de la bête, ceci est mon sang.
Pendant ce temps, Marie et Joseph berçaient leur nouveau-né dans une étable encastrée dans les rochers.
— Dis donc, Jojo, ils en mettent du temps, les trois barbons.

Naissance de la divinité indo-iranienne Mithra qui grille la politesse à Jésus

Nelly Chadour


Jardin des Hespérides, service des douanes divines intermythologiques
« Allez, laissez-moi passer, c’est un souvenir ! négocie Mithra.
— M’en fous, c’est de l’import illégal, lui répond Astérope.
— Mais puisque je vous dis que c’est pour ma consommation personnelle ! Et immédiate !
— « Personnelle » ? Tu comptes bouffer ce truc tout seul ? Non mais quel rat ! grogne Aréthuse.
— Mais non… Vous savez bien… C’est pour ma fête aujourd’hui ! Alcyone, fais pas la fausse, tu es sur la liste des invités avec Poséidon !
— Laissez-le passer ! commande d’une voix féroce Anahita qui vient d’arriver.
— Ah, maman, pas trop tôt ! Tu vas bien ? minaude Mithra.
— Pouark, tu refoules du goulot ! Tu t’es encore laissé entraîner par ces pochtrons d’Odin et de Saturne !
— Mais, maman, c’est la tradition…
— J’t’en foutrais, de la tradition, moi ! Allez, ouste ! Aux cuisines ! »

(N.B. : Astérope, Aréthuse et Alcyone font partie des Hespérides, les gardiennes du jardin à l’ouest du monde antique ; on raconte qu’Alcyone fricote avec le dieu marin.)

Sandrine Scardigli

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