Une micro nouvelle par jour pendant un an.

vendredi 22 septembre 2017

Auteur : Silène Edgar

La Rochelle, Paris, Tahiti : Silène Edgar a roulé sa bosse un peu partout. Aujourd’hui, elle vit à la campagne du côté de Guérande, où elle cultive son potager bio - une vie de professeur de Français en collège, de chroniqueuse de bouquins avec le site « Callioprofs », et d’écrivain. Sous différents pseudos, elle écrit pour la jeunesse avec la trilogie d'anticipation Moana, et des romans historiques : 14-14, un roman écrit à 4 mains avec Paul Beorn et qui obtenu le prix Gulli 2014, et Le Manoir en folie. Elle écrit aussi des textes pour adultes : des nouvelles Les Moelleuses au chocolat, du sérieux, Fortune cookies et du burlesque, Féelure. En 2015, elle publiera un roman qui lui tient très à coeur, Adèle et les noces de la reine Margot, toujours chez Bragelonne.

Articles récents

19 octobre

AU COMMENCEMENT, LA SALLE ÉTAIT PLONGÉE DANS LE NOIR. L’OBSCURITÉ ÉTAIT INFINIE ET VIDE. IL Y AVAIT DES TÉNÈBRES À LA SURFACE DE L’ÉCRAN, ET L’ESPRIT DU PROJECTEUR CHAUFFAIT DOUCEMENT DANS LA CABINE. LE PROJECTIONNISTE DIT : QUE LUMIERE SOIT ! ET L’IMAGE FUT. 19 octobre 1862 : Naissance d’Auguste Lumière, co-inventeur du cinématographe

24 septembre

L’obscurité n’existe pas dans un sous-marin : même au cœur de la nuit, le rouge des lampes éclaire les coursives. Les ténèbres ne sont pas au dedans mais au dehors. Apollon plonge son regard dans les profondeurs par le hublot. Il n’arrive pas à dormir. Quelque chose de sourd le tient éveillé, un grondement, un souffle, cela vient du dehors. La porte de la cabine s’ouvre sur Marcel qui, le voyant éveillé, lui lance une boutade : « Eh ben, le dieu du soleil, on n’a pas trouvé le sommeil ? » Apollon n’aime pas son surnom, mais il déteste …continue reading

4 août

Les hommes utilisent de nombreuses images pour en figurer le caractère immatériel, mais le temps n’est pas une fumée qui disparaît entre les mains des impatients. Au contraire, le temps est une matière vivante, bruissante, douce comme un velours de fruit, rugueuse comme un crépi. Chaque jour qui passe, petit copeau brillant, tombe lorsqu’il s’achève. Chaque nuit qui cède au jour suivant, petit lambeau soyeux, tombe à son tour. Au sol, le tapis des jours et des nuits murmure… « C’est la liberté ! S’exclame la nuit du 4 août 1789. – Mais non, c’est déjà fini ! Répond, lasse, …continue reading

14 juin

« C’est la fête du livre aujourd’hui !! – Aujourd’hui, tu es sûr ? – Mais oui, vieille côte, c’est le jour des livres interdits… le jour où les cathos ont enfin lâché le morceau, où tous les plus belles histoires, les plus salaces, les plus osées, les plus politisées, les plus malignes et les plus folles ont enfin eu le droit de se faire la malle des rayonnages interdits ! – Cool, mais… ça change quoi pour toi, tu sais même pas lire ? T’es qu’un os ! – Je suis pas un os, imbécile, je suis la moelle, la …continue reading

20 mai

Le matin ouvre à peine ses paupières quand Yukiko ouvre la porte de sa maison misérable sur le jardin ensommeillée. Elle ébroue sa vieille silhouette dans le froid un peu piquant, lance un regard au cerisier en fleurs dont elle attend qu’il blanchisse le jardin de pétales. Puis elle se dirige vers la cuisine pour faire chauffer l’eau du thé. Pour la trente millième fois, ce jour exactement, elle se saisit de la théière sur l’étagère, la lustre de la manche, y met le thé. Du bon thé dans une bonne théière, toujours aussi blanche et claire. C’est le seul …continue reading

24 avril

Cela faisait des jours, et surtout bien des nuits d’angoisse, que Bérold voyait impuissant sa maîtresse lui échapper. Il la sentait s’éloigner, elle ne le regardait plus, l’ignorant superbement sans qu’il ne puisse rien dire, rien faire pour la rapprocher de lui. Elle câlinait ce vassal, bellâtre venu du Sud, avec ses mains d’oisif qui n’a jamais tenu l’épée sur un champ de bataille. Elle lui réservait ces œillades dont elle s’était servie auparavant pour le faire succomber. Sans vergogne, après avoir trompé l’empereur avec le neveu de celui-ci, voilà qu’elle l’abandonnait pour un obscur rival sans autre atout que …continue reading

28 mars

« Vous en faites une tête ! Qu’est-ce qui vous arrive, on croirait que vous avez vu passer la mort. ¬ Ah malheureux ! Mais que dites-vous ? ¬ Que vous avez une tête de zombie ! ¬ Mais non, arrêtez ! ¬ Vous êtes blanc comme un linceul… ¬ Vous me tuez ! ¬ Mais dites-moi ce qui se passe ? Je finis par être mort de trouille ! ¬ C’est ça, c’est exactement ça ! ¬ Quoi ? ¬ Je suis mort de trouille à l’idée de mourir ! J’ai regardé l’éphéméride, et je suis sûr que c’est …continue reading

3 mars

C’est avec un soupir que M. Plastron poussa ce matin-là la porte de son bureau du 21ème étage de la tour Consortium, à 9 h 54. Il s’agissait de son quatrième soupir, le premier avait ponctué la fin de son trajet en voiture, aux côtés de l’imperturbable M. Molosse, son garde du corps et de M. Carpette, son chauffeur privé. Le second soupir était adressé à la réceptionniste, une jeune femme à grosse poitrine qu’il ne connaissait pas et qui ne l’avait pas reconnu non plus. Il fallait qu’il donne des consignes à son DRH libidineux pour que ses grues …continue reading

4 février

Martial ? Martial ?? — Pourquoi cries-tu comme ça ? Qu’est-ce qui t’arrive ? — Je cherche ton fils, tiens ! — Je l’ai autorisé à aller pique-niquer dans le cratère de Shiaparelli avec Marcie. — Quoi ? Mais tu es complètement dingue ! Va les chercher ! Vite ! — Je ne comprends pas pourquoi tu t’excites comme ça ? Ils avaient prévu ça depuis dix jours ! — Mais ils devaient y aller hier ! — Oui, mais avec la tempête, j’ai préféré qu’ils attendent que ça se calme ! — Sauf qu’aujourd’hui, on est le 4 février, …continue reading

11 janvier

Ils n’ont pas vu le vent venir. Ils croyaient savoir de qui c’était l’enterrement. Ils étaient tristes, ils étaient angoissés, ils avaient peur. Ils étaient nombreux, ils étaient des millions, ils étaient solidaires, ils défilaient en silence, coudes serrés, regards troubles et masques de chagrin. Ils étaient Charlie. Dans la nuit, le vent s’est levé, mais ils ne connaissaient pas le proverbe. « Dans la nuit du 11 au 12, regardez de quel côté le vent souffle : s’il vient de l’occident, c’est signe de guerre. » Ils n’ont pas vu le vent venir. Ils ne savaient pas qu’un an …continue reading

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