Une micro nouvelle par jour pendant un an.

jeudi 26 novembre 2020

13 juin – Jour de l’écrivain (Argentine)

« Là où les dieux ont échoué, un simple humain ne peut réussir ! »

Tous le frappèrent : Dionysos par le vin, Arès par la guerre, Aphrodite par l’excès d’amour, mais aussi Marduk et Ishtar de leur colère, et aussi les milliers de divinités des rives de l’Hindus… Ainsi Alexandre le Grand tomba-t-il sous les coups des divinités jalouses, lui qui souhaitait unir les peuples de Méditerranée et d’Asie en un seul culte : le sien.

-353 : le 13 juin, mort d’Alexandre le Grand à Babylone

Sandrine Scardigli


Y paraît qu’on n’est pas capable de se remémorer les événements de notre petite enfance. Bernique, Patrick ! Je suis hypermnésique. Merci à maman qui avait gobé ces médocs censés éviter les fausses-couches, on a dû lui pratiquer une césarienne pour nous sortir, moi et ma trop grosse tête.

Depuis j’ai désenflé, merci bien.

Et donc, à l’époque que j’vous cause, j’avais beau avoir deux ans à peine et encore une emmerdante tendance à souiller ma culotte en éponge, je me souviens très bien du jour où ma mère avait ramené cette petite boule de cheveux bruns, emmaillotée dans un lange rose.

— Voici ta sœur, c’est bébé Marie.

Je la trouvais rigolote, cette boule, un peu comme un bébé kangourou en plus velu. Je lui ai gratouillé le crâne en gazouillant :

— Bébé Ma’iiiiie, kik-kik-kik-ki !

Je crois que ça lui a plu moyen, à Bébé Ma’ie. Elle a ouvert des yeux furibonds puis une bouche gigantesque. Un vagissement strident a fait exploser les vitres et tous les verres à moutarde de la maison.

— Ah, c’est ça, l’effet secondaire du Milanorme censé prévenir les malformations du fœtus ! a commenté papa après nous avoir emmenées, maman et moi, dans le garage insonorisé le temps que le bébé se calme.

Ma sœur, Marie la Banshee, a 36 ans aujourd’hui. Joyeux anniversaire !!!

Nelly Chadour


Lisbonne, le 13 juin 1888.
— Non, c’est à moi que ça revient.

— Et pourquoi ça, Alberto ? On n’a pas besoin d’un nouveau Rousseau.

— Et on aurait besoin d’un nouvel Horace, Ricardo ?

— Écoutez, on n’arrivera pas à se mettre d’accord. Et avec un nom pareil, il sera capable de nous héberger tous.

— Vous croyez qu’il tiendra le coup ?

— Bah, il se débrouillera bien.

Le 13 juin 1888, naissait Fernando Pessoa, écrivain et schizophrène. Il écrivit sous de nombreux pseudonymes comme Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos, Bernardo Soares parmi une soixantaine de personnalités.

Père Désœuvré


Aujourd’hui, il était enfin à la retraite après avoir fêté son centième anniversaire. Aussi prit-il une grande résolution, celle de coucher sur papier ses mémoires. Il s’y attela le jour-même, et les mots coulaient de son style avec aisance, comme s’il parlait directement à la feuille. Il se rendit bien vite compte, dans le chapitre abordant la période dorée de sa vie qu’avait été l’école, où, seul élève de sa classe, il avait découvert tant de choses, que ses lignes s’étaient muées en un pamphlet virulent contre le système actuel où les enfants n’apprenaient plus à lire mais à sélectionner sur des claviers et des écrans virtuels des symboles animés pour communiquer les uns les autres, où les bibliothèques étaient désertées au profit de jeux basiques et de salles de visionnage d’émissions sur des gens enfermés dans des châteaux pour apprendre à chanter. Le vieil homme couvrait des pages entières de son écriture serrée, détaillant avec efficacité et précision les réformes à mettre en place pour une nouvelle excellence académique quand il se rendit compte avec une acuité qui le terrassa que son écrit était vain. Plus personne ne savait lire.

Anthony Boulanger


La vie à la rédaction de la Microphéméride

— Pourquoi il boude, Vincent ? s’étonne Sandrine.

— Parce que, lui rétorque le Père d’un ton grognon. Il m’a demandé si, pour le Jour de l’Écrivain, j’allais payer à la rédaction un séjour en Argentine.

— Et tu lui as répondu quoi ?

— C’est non, bien sûr.

— À cause du budget.

— Non. C’est le jour de l’Écrivain. Je ne vois pas en quoi ça le concerne…

— Oh. Alors… Le reste de l’équipe y va ?

— Non.

Vincent Corlaix


C’est mon jour, je le sens. Peu à peu, je m’éveille. Les secondes s’égrènent, me rapprochant de l’instant où mes yeux s’ouvriront, où ma main s’ouvrira et s’emparera du stylo. Je le devine, à ma portée, posé en évidence sur cette table qui vient sans doute d’apparaître. Il en va de même pour cette chaise, dont je ressens soudain le contact sous mes fesses. Avant, il n’y avait rien d’autre que le néant et le sommeil. La nuit. Tic-tac-tic-tac… Le temps et mon existence reprennent leur cours.

Un réveil sonne. Il est minuit. Nous sommes le treize juin et je reviens à la vie en cette journée de l’écrivain. Mes paupières s’entrouvrent et par automatisme, je couche les mots sur une bande de papier. Elle se déroule peu à peu dans son apparente infinité. C’est ainsi que s’écouleront mes prochaines vingt-quatre heures. J’écrirai le destin du monde des 364 jours à venir, puis je me rendormirai.

Car je suis l’écrivain et votre futur se pliera à ma volonté.

Je n’existe que pour écrire, et vous, pour danser le long des lignes de mes feuillets.

Pascal Bléval

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